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Près de deux mille ans après Marc-Aurèle, je me risque à mon tour à livrer mes « pensées pour moi-même », en forme d’hommage à ceux qui les ont inspirées...

De mon grand-père maternel, qui, malgré une maladresse congénitale choisit à l’âge de 13 ans de devenir ébéniste, perdit trois doigts de la main gauche quelques mois plus tard, tenta ensuite dans la marine nationale une carrière qui s’acheva en juillet 1940 à Mers-El-Kébir, son vaisseau coulé par l’aviation britannique, puis, devenu ouvrier terrassier, refusa à la libération toute promotion pour ne pas avoir à commander ses camarades de travail et s’usa la santé toute sa vie durant pour un maigre salaire sans jamais voir le jour comme mineur sur des chantiers sous-terrains en région parisienne, quitta à l’âge de 65 ans une fois la retraite sonnée son appartement parisien hâtivement vendu pour une bouchée de pain pour emménager dans une location située en campagne à 250 km du littoral et au 4ème étage d’un immeuble sans ascenseur, alors qu’il avait toujours rêvé de finir ses jours dans une maison de plain pied en bord de mer, refusa une opération des yeux de peur d’y perdre la vue, qu’il perdit en grande partie faute de soins, et enfin périt noyé dans l’étang de sa dernière partie de pêche après avoir glissé de la berge en tentant de décrocher l’hameçon pris dans les branches du saule resté hors de son champ de vision : la démonstration de la capacité des hommes à prendre de mauvaises décisions depuis le berceau jusqu’à la tombe.

De ma grand-mère maternelle, qui épousa le précédent : la preuve qu’il suffit parfois d’une seule mauvaise décision pour voir gâcher sa vie de femme. 

De mon grand-père paternel, sportif accompli à l’hygiène de vie irréprochable mais décédé, malgré les soins prodigués par son épouse et l’indéfectible confiance qu’il lui témoignait, après avoir souffert durant de longues années de maux de ventre inexplicables qui laissèrent le corps médical perplexe et le médecin légiste hésitant : que la foi en la bonté humaine est un aveuglement impardonnable.  

De ma grand-mère paternelle, ennemie jurée des souris, mulots et autres rongeurs,  infestant, selon elle, sa maison et responsables de ses insomnies, et qui laissa dans sa cave après sa mort une quantité invraisemblable d’emballages vides d’appâts empoisonnés et de mort-aux-rats : qu’une obsession pour les nuisibles peut parfois donner naissance à de mauvaises pensées.

De ma progéniture, attirée dès le plus jeune âge par les plaisirs de la destruction, de la crasse et du sadisme envers les autres créatures vivantes : la certitude que les enfants, même en bas-âge, sont tout sauf innocents ; ils  sont tout au plus naïfs.

De ma mère, épicière de quartier inculte mais fière de sa réussite sociale : ma découverte de l’arbitraire, des illogismes et des préjugés.

De mon père, marié plus de soixante années à la précédente : sa patience face à l’arbitraire, aux illogismes et aux préjugés.

De mon frère, homme de pouvoir attiré toute sa vie par les enjeux mondiaux des hautes fonctions stratégiques au sein de multinationales dominatrices, mais assurant par ailleurs en tant que consommateur une véritable rente aux grandes firmes pharmaceutiques détentrices de brevets en matière d’anxiolytiques et d’anti-dépresseurs : qu’il faut savoir parfois payer de sa personne pour assurer la bonne santé de l’économie.

De ma douce et tendre, qui m’aime en dépit de la noirceur de ma vision de l’univers : que les couleurs du monde ne sont jamais que celles du cœur.  

Laurent Eichbaum

Tag(s) : #ingratitude, #Atelier en ligne, #ateliers d'écriture, #Textes des participants

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