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L'Atelier en ligne  a été crée le 15 mars 2020, au début du confinement et l'aventure se poursuit. Vous pouvez découvrir les différents textes des participants sur le site : La Passagère on line 

Aujourd'hui je vous propose de découvrir les textes de Charlotte, Diana et Valérie...

Drôle de vie 

17 mars. La nouvelle tombe, nous voila confinés pour 15 jours. J’ai du mal à croire que cette situation soit possible en 2020 et que le virus ne soit plus que chez les autres… Pour quelqu’un qui adore être dehors, bouger, voir ses proches, je me dis que je vais vite tourner en rond dans mon appartement de 60m². Cela dit j’ai quand même de la chance, j’ai un balcon. Seul petit hic, il donne gentiment sur l’immeuble voisin. J’ai donc le soleil entre 10h30 et 13h30 si je me débrouille bien (et que je déplace ma chaise) et ensuite c’est au tour de mes voisins d’en profiter.

Autre élément de contexte de mon confinement, et pas des moindres, je vais le passer avec mon chéri. Nous vivons ensemble depuis longtemps, mais comme il est commercial itinérant, habituellement il est une semaine sur la route et deux semaines chez nous.

Mais situation oblige, nous voilà tous les deux en télétravail. Mais pour un commercial comme lui, pas évident de travailler quand tout est fermé et que le monde est inquiet. Il ne travaille donc pas beaucoup et se réfugie très vite vers la télé et sa console pour passer le temps. Et quand j’ose lui demander pourquoi il n’essaye pas de faire autre chose, il me répond : « je ne vais quand même pas me mettre à lire ou à faire du tricot ». A ce moment-là, je me dis que cela va être long et qu’avec nos tempéraments respectifs, le confinement risque d’être pimenté ! Affaire à suivre.

Comme pour beaucoup j’imagine, les premiers jours n’ont pas été évidents, en particulier pour mon chéri, car même si la télé lui passait le temps, le soir venu, quand la nuit tombait et que nous fermions les volets, je voyais son visage se métamorphoser, il s’éteignait, se refermait sur lui-même. Le sentiment d’enfermement et d’oppression l’envahissait. On se disait : « je comprends ce que vivent les animaux en cage ». Et les informations à la télévision n’arrangeaient rien, tout était anxiogène, surtout que ce n’était pas seulement pour quinze jours finalement.

De mon côté, j’ai trouvé de quoi m’occuper et je travaillais, donc les journées passaient vite. Cela dit, je commençais déjà à faire des choses inattendues. Effectivement, le 4ème jour, je lavais mes rideaux, et le premier dimanche j’organisais un badminton dans notre salon ! La folie me gagnait. Rassurez-vous, j’ai canalisé mon énergie et mon imagination au profit de tâches plus « classiques » : lecture, jeux, scrapbooking, couture.

Et puis le temps est arrivé pour moi aussi d’être au chômage technique car je travaille pour un secteur très pénalisé par le virus. Le champ des possibles s’ouvrait alors à moi. Qu’est-ce que j’allais pouvoir faire de tout ce temps ?

Curieuse de nature, j’ai fouiné sur internet pour trouver des idées pour m’occuper, des nouveaux jeux de société pour jouer avec mon conjoint mais également avec ma famille par skype. Ce confinement a modifié les rapports humains, on ne peut plus se voir en vrai, mais au lieu de créer une distance, de mon côté je trouve que cela a permis de resserrer les liens. On appelle nos proches, on prend des nouvelles, on fait des visios pour « voir » d’autres humains et apporter un peu de pep’s à notre quotidien. J’ai même fait des « repas » avec mes proches.

Alors que je pensais que je n’apprécierais pas d’avoir autant de temps à ne « rien faire », j’ai découvert que cela permettait de se retrouver avec soi-même. Effectivement, nous nous retrouvons avec un temps infini à disposition pour nous poser les bonnes questions : qu’est-ce que je veux vraiment dans la vie ? Qu’est-ce qui est important ? Cette situation nous prive partiellement de notre liberté, notamment notre liberté de mouvement avec cette fichue attestation, mais c’est une occasion rêvée pour se découvrir, se réinventer. Jamais dans notre vie, nous n’aurions pu imaginer qu’une telle situation arriverait. Habituellement, nos semaines passent à une vitesse folle, c’est « métro-boulot-dodo », une vie effrénée, à mille à heure où il faut tout gérer. Aujourd’hui, on nous octroie une pause, une parenthèse. Bien sur la situation n’est pas simple, chacun ayant ses contraintes, ses peurs de l’avenir, mais plutôt que de prendre cette situation comme un fardeau, et de me lamenter sur ce que je ne peux pas faire, j’ai choisi d’en voir le positif, et chaque jour je découvre de nouvelles choses, comme dernièrement, un atelier d’écriture…

Charlotte R.

 

Je vais mourir

Dans la salle des urgences quasi déserte, des lumières crues. Bloc de mutisme inquiet. J’attends un diagnostic. Partout des panneaux, des recommandations, des interdictions. Sur mon siège confortable, mais rose, je croise les bras, regarde à droite, à gauche. Au plafond, des bruits de ventilation. Le chauffage doit protéger, envelopper. Des portes s’ouvrent dans un chuintement. Un infirmier passe, les yeux souriants au-dessus de son masque. Mon regard lui répond, poli, au-dessus du mien. Des masques partout. Sur les murs, en pictogramme blanc sur fond bleu. Sur la civière, en tas, cellophanés ou dépliés.

J’aimerais que tu sois là avec moi. Pour parler de tout et de rien. Mais quand je pense à la menace invisible dans les couloirs, les grilles d’aération, les surfaces blanches des éviers collectifs, je préfère te savoir chez toi.

Toi, maltraité par Gustave, ce cancer pré-nommé par déception, dérision et finalement par défi.

Toi, tes amis argentins et le désir d’une boisson fraîche à la terrasse d’un café de Buenos Aires.

Toi, ta blondeur intrépide reflétée sur la peau sombre d’une femme de Brazzaville sur le bord du fleuve Congo

Toi et ton amour indéfectible des renards, des grands paons de nuit, du romarin et des chemins de forêt.

Toi, ton mariage américain, tes lettres époustouflantes et tes souvenirs internationaux.

Toi, ta philosophie solaire, infatigable pianiste, amoureuse de l’italien, du russe, de l’anglais, du japonais et de l’arabe.

Toi, unique et multiple.

Tu ne sais pas à quel point ça va me manquer de confabuler, dénouer, construire, imaginer, palabrer et surtout ne rien se dire. Pour le plaisir. Entends-tu les bruits de mon vieux corps fatigué ? Le sang coule, charrie des miasmes, des spasmes de chaleur et m’abandonne exsangue, furieuse et terrorisée. Du sang encore dans la seringue de l’infirmière chaleureuse, professionnelle et rassurante. « Je ne trouve pas votre veine, je vais piquer ailleurs ». Là où la peau fine, innervée, se contracte sous l’attaque.

Et lui, empêché de m’accompagner. Le sais-tu, le sens-tu, toi, à quoi ont pu ressembler ces jours de parenthèse enchantée ? Pas de photos. Juste lui et moi. Lui, courbé sur la bêche. Moi, armée d’un croissant, à l’assaut des ronces jalouses du potager à venir. La lumière du printemps sur nos mains, le banc en pierres maçonné pour être juste à la hauteur de mes jambes.

Je m’y suis assise. J’ai fermé les yeux. Pour imaginer l’impossible, la liberté retrouvée, les rires, les restaurants, les passants affairés. Pour fermer les yeux. Espérer. La main de mes enfants. Une caresse légère sur ma joue. Un baiser sur le front avant de dire : « Maman ». Ah ! Ce monde sans cesse rêvé, espéré, inhabité, obstinément perfectionné.

Par le chant d'un oiseau, je suis revenu de la rêverie à la réalité. Pi-piiit, pi-piiit. Une huppe fasciée lui a répondu et puis un coucou, pas du tout à l’heure. Alors, sans attendre un monde nouveau, j’ai suivi les méandres du ruisseau. A la force de mes bras, de mes jambes, à coup de machette dans cette jungle ornaise, j’ai taillé un chemin, jour après jour sans savoir quand tout cela s’arrêterait. Fougères, lierre, jeunes frênes. Bercée par le gargouillis de l’eau sombre, sous la frondaison des aulnes.

Le voyage s’arrête, la porte des urgences va s’ouvrir. J’aurais voulu te serrer une dernière fois dans mes bras, toi qui n’aimes pas qu’on te touche. Puisque de toute manière, ces contacts mortels vont être proscrits, j’abandonne ce plaisir-là de l’amitié.

Voilà l’infirmière, vêtue de bleu. « Le médecin arrive ». Elle arrive, en vert, masque, gants, casaque, et sabots. Vert pomme ? Est-ce un bon présage ? Je pense à Camus. « Le hasard n’est à personne » écrit-il dans La Peste.

Ma chère amie, je vais mourir, mais pas tout de suite. Peut-être pas demain, non plus. Un jour, lointain je l’espère. Il est deux heures du matin, la lune éclaire la nuit comme un soleil. Le sang coule toujours. Je rentre chez moi.

Valérie W.

 

 

 

Le Confinement

Comme souvent c’est un changement de bruit de fond qui se fait puissant et hurle de plus en plus, même si ce qu’il assène est le silence.

Et ensuite viennent les autres sensations, le temps qui s’étire et se fait chat, les odeurs qui se désolidarisent des odeurs ambiantes, des autres odeurs, des autres ambiances, on se retrouve avec l’essentiel, toi, moi, nous.

Cela est vrai que depuis le début ce noyau sensoriel était déjà là, et c’est je crois cela qui fait que nous avons fusionné, lassés que nous étions de nous délayer dans la vie, odeurs et couleurs des autres.

Et ainsi peu à peu nous nous retrouvons au coeur du coeur de notre union.

Entourés et accompagnés du bruit assourdi des battements de nos coeurs qui malgré nous battent à l’unisson, sans concertations, sans chorégraphie et malgré nous, simplement, naturellement.

Pas de reflexions imposées sur la valeur des moments échangés, pas de bilans, pas de conclusions hâtives.

Un pas de côté, une Pavane à l’ancienne rythmée par nos souffles et nos regards, une mise au pas, à l’harmonie, au rythme de nos sentiments.

La musique nous habite plus que de coutume, la lecture aussi, et même l’écriture prend une ampleur et de l’élan.

J’aurais pu mettre à profit ces semaines pour investir le domaine où je vis, polir, reluire, ordonner et me connecter tout azimut.

J’en ai décidé autrement, je me suis laissée happer par le côté cotonneux de cette assignation à résidence surréaliste et m’en trouve bien finalement.

Ce temps nous est imparti pour une raison bien singulière, ce temps et ces plages de bien et mal être. Nous avons le choix il me semble en tout cas que je l’ai, de tout remettre en question, tout nettoyer, tout aligner et essayer de tout comprendre.

Mais non, il n’en est rien, cet espace silencieux, solitaire et possessif s’est répandu en moi et me met face à ma réalité, à celle de mes choix, à leurs conséquences;

Si je suis ici avec toi, si je reste ici avec toi ce ne sera plus par hasard, ce sera par mûre et lente décision, par maturation de sentiments, par fatalité ou bien même par la force du Destin, selon l’humeur de l’instant de réflexion fut elle lyrique, magique ou pragmatique.

Quand aurais je eu ce privilège si cette réclusion ne nous avait pas été imposée et l’aurais je eu ?

Comment aurais je pu faire abstraction des retombées ambiantes et rythmes et pulsions extérieures et me concentrer sur ma réalité, sur mon état d’être ?
Sans artifices, sans écran, sans excuses de déconcentration et sans biaiser je peux dire à moi même tu es là car tu ne pouvais choisir autre chose.

Il me prend d’avoir une pensée nostalgique sur les choix de ma vie passée, et me sens encore plus privilégiée en le faisant. Aurais je fait les mêmes choix, auraient ‘ils été confirmés par le temps si une plage de flottement dans l!intemporel leur avait été offerte ?

Plus de fausses raisons, plus de victimisation et de si j’avais pu, si j’avais su.
Descente en soi au plus profond de soi et enfin peut être sérénité et acceptation de soi même.
Cette période de distanciation et solitude est remplie de sentiments certes plus éclectiques et rares mais de sentiments dont je pense je ne voudrais pas me séparer, sauf peut être à la prochaine occasion d’introspection qui nous attend … Peut être.

 
Diana W.
Tag(s) : #Atelier en ligne, #Le confinement

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