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La forêt est superbe et fournie sur la droite.

A gauche, un vallon de pâtures avec quelques habitations. Un pré avec deux chevaux. Une maison de bois. En contrebas, des côteaux coupés au scalpel coule une rivière.

Le village frileux est endormi sous le ciel changeant.

L’église rassemble ses jupes autour de son clocher, surveillant du coin de l’œil la mairie et son préau.

En continuant la rue de la Vasinière, je débouche sur un parking. Moche.

En levant les yeux pour échapper aux containers à poubelles, une beauté inattendue : des collines émeraude se découpent sur le ciel lumineux. Bleu outremer, bleu turquoise, bleu de Delft, gris-bleu. Un ciel tout en dégradé me sourit par-dessus les sombres conifères. Les couleurs si foncées donnent pourtant une impression de clarté. Miracle… La lumière est si belle dans cette région !

Décidément, le parking ne me plait pas.

Je tourne à droite en suivant des yeux la ligne bleue du Perche.

De petites longères, certaines rénovées, d’autres à l’abandon. Les plus grandes, qui semblent faire partie d’un unique corps de ferme, ont été scindées en deux ou trois maisons mitoyennes.

Un petit sentier descend, contournant une maisonnette délabrée dont le portail rouillé s’ouvre sur ce qui fut une cour. Pris d’assaut par les ronces, il reste entrebaillé, béant à jamais, recouvert d’une chevelure exubérante et hérissée d’épines.

En face, une grande bâtisse fraîchement rénovée. Chaque ouverture est encadrée de briques rouges soulignées de blanc.

Les murs de moêllons singent la meulière chic des temps jadis, chaque silex est cerné d’un joint non pas de ciment mais d’argile, comme un gros boudin ocre.

L’ensemble est surprenant mais joyeux.

Partout, dans chaque jardin ou presque,  de magnifiques sapins (ou autres conifères).

L’arbre ici a droit de cité. L’église a son clocher, les jardins ont leur flèche.

Une autre maison inoccupée. Elle disparait sous les ronces.

Pourtant ce n’est pas triste, ses volets disjoints laissent entrer la luxuriance d’une liane cotonneuse, qui semble se déverser comme la chevelure d’une fille ayant trop dansé.

En remontant derrière ‘église, une toute petite maison grise, frileuse, coincée entre deux maisons plus grandes.

Celle de gauche est rénovée, celle de droite en cours de rénovation.

La maison grise semble écrasée, prête à rendre l’âme, atteinte de cette vieillesse qui lui parchemine l’âme et la peau.

Mais non, elle n’est pas morte, sur l’une de ses trois marches un chat soupçonneux finit une écuelle posée là par une main secourable.

Sur la porte vitrée, un vieux rideau de dentelle atteste une présence.

Non, la maison n’est pas morte.

Entre ses deux voisines qui la soutiennent autant qu’elles l’écrasent, elle monte la garde à l’entrée du village.

Un dernier petit tour, le temps de s’émerveiller devant les primevères, les jonquilles, les crocus et les narcisses qui, trompés par la douceur précoce, sont accourus en nombre pour être les premiers.

Tiens, une violette…

*     *     *

Balade en forêt

C’était une forêt sombre et profonde, comme il en existe dans les contes….

Même pas vrai, d’ailleurs, elle était claire et bien balisée. Mais les choses étant ce qu’elles sont….

Mes pensées, elles, étaient sombres et profondes, car je m’étais perdue.

Je promenais ma chienne, originalement appelée Trouvée, ce qui en dit long sur son pédigrée.

Pour lors nous n’étions pas d’accord. Elle tenait pour la droite, je préférais la gauche, on ne se refait pas. J’essayais de la convaincre de me suivre, ce qui n’était pas une mince affaire. Tout cela parce que j’avais voulu traverser la voie ferrée, qui saignait la forêt en une plaie béante.

Sur la rive gauche, des ouvriers forestiers avaient fait des coupes sombres, je ne reconnaissais plus rien. Où étaient mes repères ? Où étaient les châtaigniers, les ormes et les trembles ?

Ne subsistaient d’eux que de gros tas cubiques marqués à l’encre rouge.

Ma chienne me regardait avec son air de « Je te l’avais bien dit ». Il est vrai que nous marchions depuis déjà trois heures, dont deux d’errance totale, et que l’une comme l’autre nous commencions à trouver la plaisanterie un peu saumâtre. Chez moi la panique montait, et Trouvée, bien sûr, en avait une conscience aigüe.

Les portables n’existaient pas encore, qui nous auraient peut-être sauvées.

En tournant à gauche, puis à gauche et encore à gauche, je finirais bien par retrouver mon point de départ ?

Erreur profonde, nous sommes arrivées dans une allée de bouleaux qui ne m’évoquait rien.

J’entendais au loin le grondement de la voie ferrée, nous nous étions tout de même rapprochées du train ? Toute civilisation n’était donc pas engloutie !

Trouvée me regardait fixement. Je trouvais son regard soupçonneux, du genre « Qu’est-ce que tu vas encore inventer ? » Elle se coucha en travers du sentier en poussant un long soupir résigné.

Finalement elle consentit à me suivre et j’aperçus la passerelle du chemin de fer. Nous étions sauvées !

La chienne, finalement, trottinait derrière moi, l’air accablé, traînant sur ses épaules toute l’inconséquence humaine.

Ouf ! Le petit pont SNCF !

La voie ferrée, d’accord, mais il y a des trains dans les deux sens ! Lequel suivre ?

J’optais pour la gauche.

Mais Trouvée la bonne chienne, Trouvée la têtue, s’assit en plein milieu du pont et refusa de bouger.

J’avais beau l’appeler, gémir, m’accroupir en lui tendant la main, susurrer des mots d’amour, rien n’y faisait.

Un coup d’œil dans ma direction « Bon, maintenant ça suffit ! », elle se leva d’un bond et me tourna le dos, puis s’enfuit dans un trot soutenu.

J’ai cru devoir la rebaptiser Perdue !

Je me mis à la pourchasser, l’appelant comme une démente mais la chienne devenue sourde forçait l’allure opiniâtrement. Moi, aussi, d’ailleurs, mais avec beaucoup plus de difficultés.

De temps à autre elle s’arrêtait, s’asseyait sur son arrière-train jusqu’à ce que je la rattrape et au moment où j’allais la saisir, elle reprenait sa course.

Une fois, deux fois, trois fois. J’étais en larmes, hors d’haleine et une angoisse folle me tenaillait le ventre. J’avais peur de la perdre définitivement, l’idée m’était insupportable, la situation incompréhensible.

Elle s’assit de nouveau, un dernier effort et je pouvais la toucher ! Mais elle fit un bond prodigieux et disparut dans les fourrés, où je la suivis en beuglant.

Et là, en écartant les broussailles, le choc : elle m’attendait, sagement assise devant le pare-choc de la voiture, ne quittant pas les buissons, dont j’émergeais enfin, de ses yeux perçants et aimants.

Par la suite, lorsque nous partions toutes deux en forêt, elle refusait catégoriquement de s’éloigner de plus de 100 mètres de la voiture et s’asseyait en plein milieu de l’allée jusqu’à ce que je fasse demi-tour.

Elle n’acceptait plus de faire une « vraie »  promenade que si nous étions accompagnées.

 Séverine L.

Tag(s) : #Séverine L, #Autobiographie et nature, #Textes de l'atelier, #Textes de participants

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