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Au sortir de la dense forêt de Réno-Valdieu, le paysage s'ouvre sur un vallon humide et verdoyant.

Dans la zone marécageuse, deux brebis jouent les tondeuses, elles n'ont pas d'agneau mais cela ne saurait tarder vu leur embonpoint.

L'église au fin clocher d'ardoise se dresse au cœur du bourg qui ne doit guère compter plus de 200 âmes ; nulle trace de commerce ou de bistrot, sans doute faut-il rejoindre la sous-préfecture pour trouver l'incontournable supermarché avec essence à prix coûtant (mais allez vérifier!)

Je gare ma voiture face à une modeste maison blanche aux fenêtres encadrées de brique (et de broc) sans réelle unité jouxtant une façade minchie * par les ans est en réfection sans trace d'artisans mais l'échafaudage indique une velléité de travaux.

Mon arrivée déclenche une cascade d'aboiements et passé le virage, deux gros chiens menaçants s’égosillent entourés d'une armée de chats. Prudent, je m'approche :

-Mon dieu que cette maisonnette semble sortie d'un conte de fées, toute fleurie par la jardinière du lieu, qui, me voyant planté, engage la conversation :

- oui, c 'est moi qui ai fait la décoration ; c'est joli n'est-ce pas !

- Non vous pouvez approcher et les caresser ils ne sont pas méchants...

Je m'enhardis et tends la main, le vieux chien renifle et donne un coup de langue à travers le grillage.

Ce jardinet qui doit être bien agréable en Mai (et bien fade en ce début Mars) est un havre pour la gent féline et canine et cette personne qui au vu de sa tenue ne doit pas avoir gagné au loto doit penser à ses bêtes avant elle-même.

Je descends vers le lavoir comme indiqué par cette personne: il est là discret ,bien propre ,le plan d 'eau est alimenté par des sources mais les truites qui l'occupaient ont été récupérées par la commune sans que l'on en sache plus: sans commentaire !...

Les alentours sont propres, nulle canette de bière ou traces de feu de camp: y a t'il seulement des jeunes dans ce fichu bled ?...

Dominant le lavoir un talus escarpé tout fleuri de ficaires aussi jaunes que les fameux gilets et animé par de nombreux bourdons butinant à loisir au sortir de leur terrier exposé plein sud. De la route au sommet du talus l'empreinte de passages fréquents est marquée, l’herbe est rase et quelques griffes ont laissé les traces d’une passée de blaireaux qui descendent au point d'eau.

L'air est tiède et le vent sur la forêt proche crée un fond sonore reposant.

-Tiens, le jardinier communal a dû faire un stage, les vivaces des parterres sont recouverts d'une généreuse couche de fougères sèches, comme on voit faire dans les émissions de jardinage en vogue !...

Vivre ici doit être agréable, peu de véhicules, des tracteurs peut-être ; ce bourg endormi au pied de sa forêt manque singulièrement d'animation

Ah, je croise une dame emmitouflée l'air soucieux devant l'église fermée :

-Puis-je vous renseigner madame ?...

Oui monsieur, savez-vous s'il y a une messe dimanche prochain dans cette église ?

- Désolé chère madame mais je ne puis vous dire …...La mairie est juste là peut être quelqu'un pourrait vous répondre …

On se parle encore entre inconnus, ça nous change de la ville,pas vrai !

Jean-Pierre G.

*minchie ou munchie soit très fatiguée ou dégradée en parler normand du nord Cotentin.

Tag(s) : #Jean-Pierre G., #Autobiographie et Nature, #Textes de l'atelier, #Textes de participants

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