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Mi-décembre. Froid et pluie. Longue file d’attente devant le Cirque d’hiver. Plus de 2 000 enfants et leurs enseignants sont conviés à un spectacle de la famille Bouglione. Bien rangés par deux sur le trottoir le long des grilles ouvragées, nous patientons. Je surveille mes élèves surexcités et balaie les environs d’un regard presque empli de colère. Je déteste le cirque. Je hais le bruit. Les clowns me répugnent. Les trapézistes m’angoissent. J’espère que nous échapperons aujourd’hui à l’arrière-petit-fils Bouglione agitant un fouet au museau de chevaux dressés par d’autres à tourner en rond.

Hélas ! Le pire n’est jamais certain, mais ce jour-là, il est au rendez-vous.

La piste circulaire est entièrement occupée par une immense cage. Nous aurons donc droit aux lions, désespérés…eux et moi !

La musique infernale vomie par les haut-parleurs est également accompagnée de lumières éblouissantes qui clignotent. Elle annonce l’apparition imminente des fauves.

Le tunnel d’arrivée reste vide quelques longues secondes et s’anime soudain de splendeur. Sa Majesté le tigre entre en scène. Hautain, dédaigneux. Ses muscles affleurent sous le pelage strié. Chaque patte se pose sur le sol avec une force exquise de légèreté.

Ils sont quatre à faire semblant d’obéir à un humain pitoyable dans son costume rouge à brandebourgs qui fait claquer un fouet mesquin. Finalement, allongés en rang sur le sol, ils feignent d’attendre les ordres suivants. Mais il ne faut pas s’y tromper ! ILS sont les maitres du ballet !

Placée au premier rang, j’observe ces êtres nobles en tentant d’oublier leur condition de prisonniers. Le dompteur les oblige maintenant à se dresser et s’asseoir sur leurs pattes arrière pour faire ensuite des bonds en avant ! Avant de sauter, le tigre le plus proche de moi, promène son regard sur le public en cage et, insensible au fouet qui claque, il prend son temps, mordille la lanière de la dérisoire menace, se remet sur ses 4 pattes. Il fait le cabot et signe sa domination d’un coup de tête rageur. Il semble me regarder soudain fixement et j’articule un « pardon » silencieux à travers mes larmes.

Pardon pour ta beauté bafouée.

Pardon pour les forêts qui t’attendent.

Pardon pour ta force insultée.

Pardon pour ta liberté immolée.

Pardon d’être là.

Dominique B.

Tag(s) : #Textes de l'atelier, #Textes de participants, #Dominique B., #Autobiographie et Nature

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