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Je suis le violet. Mais attention, pas le violet rouge de vos doigts menacés par le froid hivernal, pas le violet pourpre d’une robe cardinale. Je ne suis pas le violet de votre nez gonflé par les excès d’alcool.

Je pourrais être à la rigueur améthyste, je pourrais m’alanguir jusqu’au parme.

Mais non, je suis le violet bleu de la prune d’été. Je suis le violet de la nuit en montagne quand les étoiles commencent à peine à se montrer, timides et hésitant un peu à scintiller.

Lorsqu’elles ne savent pas encore combien leur lumineuse présence met en valeur ma cape.

Cette cape dont je m’enveloppe et qui soudain vous entoure, vous porte et vous caresse. Mais attention! Qui pourrait bien vous étouffer si vous n’y prenez garde !

C’est que je suis fantasque, et mon teint peut varier d’une nuance à l’autre au gré de mes humeurs, au gré de mes envies et la vitesse du vent.

Le violet, croyez-moi, n’est pas de tout repos.

Je me glisse lentement au pied des hortensias, qui relèvent d’un coup leur tête sombre et frisée. Le violet est leur force. Ceux-là ne sont pas roses, même fuschia, même dragée.

Leurs voisins roses et gais comme des enfants joyeux. Ils ne sont pas blancs comme la couronne de lis d’une vierge blonde et timide, ni bleu pâle comme la layette  de votre premier-né.

Ils sont violets et le crient à l’encan, redressant fièrement leurs têtes couronnées.

Je tourbillonne un peu, fait voleter mes pans, m’accroupis jusqu’au sol et j’écarte mes ailes.

D’un geste ample, je caresse le vert.

Dans l’ombre s’ouvrent soudain l’œil écarquillé de la violette, les lèvres douces de la pensée.

Sous mon haleine jaillit la centaurée.

Je suis le violet, et qu’à nul ne déplaise !

Je vais danser la gigue autour du buddleïa, et des grappes de fleurs éclosent au moindre pas.

Dans chaque petite étoile, une pointe de feu, comme un sourire orange à moi seul destiné.

Et pourtant violets ils sont, violets, n’en doutez pas !

Je m’envole ensuite, tourne autour du clocher. Dans mon sillage, des créatures étranges. Leur cape à elles est douce, de fourrure grise ou rousse.

Elles sortent le soir quand je pense à rentrer.

Je m’accroupis dans l’ombre, m’enveloppe jusqu’aux pieds, sur ma tête tire un pan.

Le jour est terminé.

Je jette encore quelques lueurs. Doucement. Glycine, lilas, aubergine… puis je m’éteins.

Nuit, tu peux venir, je reviendrai demain.

Séverine L.

Tag(s) : #Séverine L, #Textes de participants, #Couleurs 2019

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