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Les mangeurs de pomme de terre

Pour peu qu’on s’abandonne à sa première impression, la tonalité sombre de l’oeuvre peut rebuter, qui pousse le regard à s’en détourner plutôt qu’à s’y attarder. La scène elle-même est sans attrait : cinq personnes, aux visages ingrats, sont attablées sous la maigre lumière de la lampe à huile ou à pétrole qui peine à éclairer les lieux. La nuit est venue, les volets sont clos et plongent la pièce au plafond bas dans une atmosphère close, oppressante, monochrome.

La salle n’offre au regard que ses murs verdâtres, au ton plombé, dont les nuances tristes déteignent sur les vêtements des convives. Même en cherchant bien, on ne trouve sur les étoffes aucun reflet chaleureux, aucun éclair de lumière qui pourrait égayer la scène. Même les tons plus chauds du pantalon rouge de l’homme à gauche et de la chaise sur laquelle il est assis paraissent ternes et étouffés par l’ambiance pesante dominée par les verts de gris. L’homme est un soldat, à la mine défaite, et le partage du maigre repas constitué de simples pommes de terre qui lui est offert semble les unir tous dans une même et sombre destinée.

Pourtant, aux grands tourments extérieurs s’opposent des gestes simples et généreux, que le peintre a pris soin de rehausser de teintes claires pour guider nos yeux : le visage malgré tout chaleureux de la femme qui pose un regard attentif sur l’hôte de passage, le pain gris tendu par le maître des lieux à sa femme, les tasses blanches dans lesquelles on verse le café, l’aura de la jeune femme assise de dos.

Au dehors, les ténèbres, au-dedans, quelques touches d’espoir : chacun à sa manière, avec sa propre lumière intérieure, semble faire contraste avec le poids du destin.

Bruno W.

Tag(s) : #Bruno W., #Couleurs 2019, #Textes de participants

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