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Tout est flou dans ce tableau, rien n’est précis hormis le visage de Jane Avril.

Les murs parfois lacérés de bleu pleurent du jaune. La porte verte semble vouloir passer inaperçue. Les passants d’ailleurs ne la voient pas.

Le gros homme en redingote marron vient de croiser la jeune femme élancée, il ne l’a pas reconnue.

Elle marche, les poings serrés au fond des poches de son long manteau noir, les épaules hautes de qui part au combat.

Même si la jupe et le manteau qui allongent encore sa silhouette sont peints à grands traits bleus,  je sais bien qu’ils sont noirs.

Que fait Jane ?

Elle rentre.

Elle vient de faire un triomphe sur scène.

Dix, vingt, cent spectateurs enthousiastes l’ont applaudie,  chantée, encensée. Et pourtant son visage blême semble refléter toute la nostalgie, toute la tristesse du monde.

Comme si ce corps gracieux qu’elle vient d’offrir sur scène à la foule des admirateurs n’était finalement rien d’autre qu’une épée remise au fourreau de sa longue redingote.

Ce visage pointu, le regard au sol perdu dans ses pensées, les cheveux flamboyants cachés sous un chapeau, est le visage de qui n’a pas été aimé.

Admirée, certes, elle l’est. Adulée, peut-être. Mais aimée ? L’a-t-elle été un jour ?

Jane en marchant mesure le vide du passé et le dérisoire du présent.

Elle porte en elle la blessure que lui porta l’enfance, celle dont la plaie s’atténuera peut-être mais n’est pas encore cicatrisée.

Le visage incliné de Jane est le blason de son deuil.

D’où vient-elle ? Où va-t-elle ?

Elle n’en sait rien peut-être, ou bien le sait-elle trop, ce qui revient au même.

Sur le chapeau de Jane, une toute petite fleur. Toute rose. Toute tremblante. Une petite fleur rose légère comme une plume et fragile comme elle.

Une petite fleur, quand même.

Séverine L.

Tag(s) : #Jane avril, #Séverine L, #Couleurs 2019, #Textes de participants

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