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Image :  Alberto José Varela - Augusta

L'ennui existentiel ça me parle et ce, depuis ma toute petite enfance.

Avant les week-ends, j’étais et je n’étais pas là. Bien sûr, je donnais le change, je m’agitais, voire je m’énervais.

Mais je m’ennuyais ferme toute la semaine en attendant la venue de mon père. Quand, par obligation, il ne pouvait venir et téléphonait pour se décommander, un dégoût de vivre me prenait, me tordait le ventre. Ce dégoût, je ne pouvais sans dégâts le tenir longtemps, il me fallait déployer des trésors de stratégies pour justement, retrouver l’ennui. 

Car l’ennui est tenable, le dégoût de vivre, un suicide psychique annoncé.

Alors, l’ennui plutôt que le dégoût et l’effroi, ça n’est déjà pas si mal !

J’ai beaucoup erré, beaucoup cherché pour apprivoiser cet effroi.

Durant toute mon adolescence, les conduites dites « à risques » m’attiraient pour combattre ce côté mortifère. L’ennui fut une victoire sur la mort, un état d’âme acceptable, supportable, possible.

L’ennui ne me fait pas peur, il me force à remettre du désir en marche, à chercher de la créativité dans les moindres détails.

Petite, je me fabriquais des petits personnages en feutrine et je leur accordais la vie, une vie que j’aurais voulu mienne.

Après une adolescence renfrognée et mutique, j’ai quitté ma famille brutalement. C’était l’époque où la drogue circulait, beaucoup fumaient du « H », sniffaient de la coke, voire se shootaient à la seringue. Un petit ange intérieur devait me protéger de « là-haut » contre l’intra-veineuse mais je vivais avec des musiciens qui pratiquaient régulièrement cet exercice, et je fumais de l’herbe, beaucoup trop, je sniffais un peu de coke mais mon nez fragile saignait trop à mon gré !

La vie, ma vie, était à ce prix, se mettre en danger pour se prouver qu’on existe !

Mais, Dieu, quelle fatigue !

Aussi, depuis qu’il m’arrive de m’ennuyer, il n’y a pas de méthode pour cela mais, mon désir chevillé au corps, je m’oblige à retraverser mes zones d’ombre.

On n’en meurt pas, de l’ennui, quand on a plongé très, très bas, comme dit Anémone dans « le père noël est une ordure », un bond coup de pied au fond et hop, on remonte !

La vie me déroute parfois, mais elle m’intéresse par les méandres de pensée qu’elle m’oblige à emprunter.

La lassitude de soi donne du grain à moudre à l’ennui, alors, l’humour sur soi est un bien précieux qui permet d’affronter les obstacles, à condition de ne pas se mentir.

Véronique M.

Tag(s) : #Véronique M., #Textes de l'atelier, #cotentin 2019

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