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A chacun sa vie…à chacun ses habitudes ! Noé et Missy se retrouvaient chaque année, le 15 juin, depuis 7 ans, pour commémorer la date de leur divorce.

Ils avaient toujours été d’accord pour considérer que leur divorce avait ouvert, en chacun d’eux, un champ de possibles immense et illimité, ce même champ que le mariage avait clos de murs. Ils célébraient donc leurs libertés, leur audace, leur exceptionnel courage et trinquaient en riant. Ils se racontaient leurs nouveaux parcours, les méandres professionnels, les mouvements familiaux. Bref… « ils checkaient le réel ! » pour vérifier qu’ils avaient réellement bien fait de divorcer. Tous deux s’admiraient en secret d’avoir réussi à rester des amis proches, loin des batailles d’avocats et des partages de petites cuillères.

Donc, chaque 15 juin les réunissait dans le restaurant même où ils avaient décidé de se marier. Ils bavardaient leurs vies. Un seul thème n’était jamais abordé : leurs amours. La vie amoureuse de chacun restait une zone inexplorée, cachée, tue. Cela leur convenait.     Ils pouvaient ainsi continuer à chérir leurs souvenirs communs et maintenir ce lien amical dont  toute jalousie, tout regret étaient absents.  Il la trouvait toujours jolie. Elle le trouvait toujours drôle.

Ce 15 juin, Noé arriva en avance au restaurant, trompé par l’absence inattendue de circulation. Orages et averses avaient certainement dissuadé nombres d’habitants de sortir dîner. Il s’installa donc à la table réservée près de la baie vitrée avec 15 minutes d’avance et guetta la voiture de Missy. Il l’attendait sans impatience mais le plaisir de la retrouver l’habitait peu à peu.  Il vit sa voiture blanche, admira le créneau réussi. Un parapluie rose émergea avant qu’elle ne sorte de son abri carrossé.

De loin, elle ressemblait à un lutin sautillant pour éviter les grandes  flaques ou les rigoles boueuses.  Le pincement qu’il ressentit au creux de l’estomac ne l’alerta pas encore. Son imperméable mal boutonné flottait dans le vent et elle semblait ballotée sous l’orage. Ses cheveux libres de toute attache volaient en tous sens dans les bourrasques. Son parapluie se retourna. Elle resta quelques secondes interdite sous l’averse, puis, d’un haussement d’épaule poursuivit vaillamment son chemin en offrant, d’un sourire, son visage à la pluie.

Il sentit son thorax rétrécir, ses mains devenir moites, son cœur tambouriner à un rythme effréné. Il pouvait à peine respirer. Il perdait pied. Elle apparut soudain à ses côtés, mouillée et ruisselante et son rire tinta si clair qu’une seule pensée vint s’accrocher à son trouble.  « Dieu que ma femme est belle » !

Dominique B.

Tag(s) : #Dominique B., #Textes de l'atelier

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