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Un an après le décès de sa maman, un homme ne s’est pas encore résolu à effacer son numéro de portable de son répertoire. Ce numéro est-il attribué à quelqu’un d’autre ?

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Il fait gris ce matin sur la région parisienne, vraiment pas un temps à mettre le nez dehors !

Face à la baie vitrée de son appartement, un homme regarde dehors. Le regard triste, un peu perdu. Cela fait un an, jour pour jour, que sa maman est partie ! Après une longue maladie. Il se nomme Christian, 62 ans depuis peu et en retraite depuis plus d’un an. En fait peu de temps avant le décès de sa maman. Ingénieur électronicien, il travaillait pour un grand groupe européen. Basé à Paris, il voyageait souvent, en Europe principalement. Son métier lui plaisait et puis ses fréquents déplacement ne le dérangeait pas, vivant seul depuis son divorce 10 ans plus tôt.

Aujourd’hui, vous l’avez compris, est un jour particulier. De la tristesse bien sûr, mais aussi des regrets. Ses pensées vont vers sa maman, ses parents, sa jeunesse, sa vie toute entière en fait. Son fils, ingénieur comme lui, vit au Canada. Il ne le voit pas souvent et encore moins ses petits-enfants. Anne, Un fille de 17 ans, et François, un garçon de 13 ans. Leur mère est professeure de français au lycée international de Montréal.

Il se voit, encore enfant, chez ses parents à Darnétal, sur les hauteurs de Rouen. Un joli pavillon coquet, comme beaucoup d’autres, dans cette ville un peu cité dortoir. Pas de frère ni de sœur, beaucoup de copains et la joie de vivre de l’enfance puis de l’adolescence. Une relation fusionnelle, une grande proximité avec sa maman qui ne savait que faire pour lui faire plaisir. Elle l’entourait de tout son amour, comme savent le faire beaucoup de mamans. Il avait quitté le foyer familial, il y a bien longtemps, après le lycée pour rejoindre Paris et l’école prestigieuse de Supelec. On pourrait qualifier ses parents de modestes, Lui comptable dans une banque locale, Elle, bibliothécaire dans un établissement scolaire. De cette période, il ne conserve que de bons souvenirs. Toutes ces dernières années, il se rendait souvent en Normandie pour retrouver sa chère maman, veuve depuis longtemps. Il appréciait ses week-ends pleins de tendresse et de complicité. Ils en avaient besoin tous les deux.  Aussi, nous comprenons sa tristesse, toujours présente après un an de totale solitude.

Christian habite Maisons-Laffitte, un appartement dans le parc, avenue Jean-Jacques Rousseau au milieu des arbres. Ceux-ci ne semblent guère apprécier le temps plutôt frais aujourd’hui qui contrarie l’éclosion des bourgeons. Il repense à son dernier week-end et son déplacement à Darnétal dans la maison familiale. Il ne s’est pas encore résolu à s’en séparer. Portant, chaque venue lui coûte beaucoup. Dimanche, avant de rentrer sur la région parisienne, après quelques tris de bricoles sans importance, il a retrouvé le portable de sa maman dans le tiroir de son secrétaire. Un beau meuble au demeurant, d’époque Empire, plaqué de marquèterie du plus bel effet.

En prenant ce matin le portable en main, il réalise que ce fut longtemps le seul lien quotidien avec sa maman. Il ne servira plus à cet usage bien sûr ! Qu’en faire ? Rien ! Il est en sommeil, sûrement pour longtemps. Mais, au fait, quid du numéro ? Il a surement été attribué à quelqu’un d’autre. Les opérateurs téléphoniques ne se privent pas quand la ligne n’est plus utilisée. Et ce numéro est toujours bien présent dans le répertoire de son IPhone. Il n’a pas pu l’effacer. Il y pense souvent, le matin, lors de sa marche quasi quotidienne dans les allées du parc, au calme. Une belle occasion de méditation dont il reconnait le bien que cela lui apporte. On peut penser à tout, ou à rien, selon l’humeur du moment.

Maman, pourquoi es-tu partie si vite ? J’appréciais les dimanches chez toi, nos discussions sans fin, sans oublier les bons petits plats que tu me préparais avec délicatesse. Mais un an a passé et je commence tout juste à réaliser que tu n’es plus là.

Mais ce numéro ? Qui peut bien l’utiliser ? La curiosité l’emporte sur les sentiments ? Il voudrait bien savoir qui se cache désormais derrière lui. Son IPhone en main, il compose le numéro. Après quelques sonneries, une voix féminine répond :

Allo ?

Allo maman ? Répond-il.

Ah non monsieur je ne crois pas être votre maman. Qui êtes-vous ?

Oh, excusez-moi je croyais joindre ma maman.

Votre maman ? Mais ce ne doit pas être son numéro.

Heu, non ! Puis-je vous demander depuis quand vous avez ce numéro ?

Trois mois environ, mais expliquez-moi, je ne comprends pas.

En fait, c’était celui de ma maman. Mais elle est décédée depuis un an.

Un an !  Mais pourquoi appelez-vous ?

Oh, je ne sais pas vraiment, excusez-moi encore pour ce dérangement.  Et Christian s’apprête à raccrocher.

Non, ne raccrochez pas. lui dit la voix. Vous y pensez encore souvent, à votre maman ?

Oh oui, elle me manque.

Vous savez, moi aussi, j’ai perdu ma maman il y a quelques années et elle me manque également mais le temps permet d’effacer la douleur, enfin un peu.

La conversation se poursuivit ainsi, avec des échanges, des encouragements. Ils firent connaissance et se promirent de s’appeler souvent !

Et ils le firent… très souvent.

Peut-être le début d’une belle histoire ?

 

TEXTE N° 2

Assis à la terrasse d’un café, un homme voit son voisin quitter sa table et se diriger vers l’intérieur du bar. Sur la chaise, près de lui, un téléphone sonne. Celui de l’homme sans doute oublié lors de son départ.

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Sous les rayons d’un soleil de printemps, notre homme, dégustait son café en silence quand la sonnerie du portable oublié sur la chaise voisine le sortit de sa méditation. Il a bien vu son propriétaire s’éloigner vers le bar. Il va revenir. Surement après avoir remarqué son oubli.

Pourtant, saisi par une curiosité étrange, il s’empare du portable, appuie sur la touche et répond :

Allo ?   Il entend aussitôt une voix forte, bourrue.

Jo, qu’est-ce que tu fais ? Je t’attends comme prévu au métro Ranelagh, grouille !  Puis, plus rien, l’homme a raccroché.

Etrange cet appel ! Un rendez-vous ? Bah, sûrement sans importance. Pourtant, porté par un sentiment étrange, l’idée lui vient d’aller à ce rendez-vous.

Gérard, c’est son nom, n’a pourtant rien d’un voyeur, ni d’un aventurier. Alors pourquoi cette décision ? Il n’en sait rien lui-même quand il se lève, pose ses quatre euros sur la table et se dirige vers la station de métro voisine. Un regard en arrière et il voit un homme, grand, portant barbe et cheveux longs, sortir du bar et revenir chercher son portable. Jo, sûrement. Il poursuit, néanmoins son chemin et s’engouffre dans l’escalier de la ligne 9. Ranelagh n’est pas bien loin, j’y serais avant lui pense-t-il.

En descendant les escaliers du métro, Gérard a une pensée qui lui taraude l’esprit : « Mais qu’est ce qui m’a pris de répondre à ce téléphone ?  Non seulement tu as fait preuve de la plus grande indélicatesse, mais tu persistes dans cette voie. » 

Sa pensée lui occupe tellement l’esprit qu’il se trompe de direction, fait demi-tour et reprends son chemin. Métro Ranelagh, lui a dit la voix. Mais comment reconnaitre ce monsieur et pourquoi ? Peut-être sa voix m’a hypnotisé ? Et pourquoi ce rendez-vous ? On peut tout imaginer !

Un rendez-vous entre hommes ? C’est devenu si courant aujourd’hui. Un rendez-vous professionnel ? Non, cela ne rime à rien. On n’agit pas ainsi si l’on n’a rien à cacher.

Et une idée lui vient : Un contact entre deux personnes mal intentionnées, peut-être deux malfrats ? Mais alors, que suis-je venu faire dans cette galère ? pense-t-il. Quelques stations plus loin et que le but de son déplacement approchait, son inquiétude grandit.

Il sortit quelques instants plus tard à la station Ranelagh et un rapide coup d’œil circulaire ne lui permis pas de reconnaitre son éventuel rendez-vous. Pourtant, il insista. Je ne suis pas venu jusqu’ici pour repartir bredouille !

Quelques instants plus tard, il vit arriver de la rue d’en face un homme grand, barbu, l’air plutôt bourru. Vêtu d’un pantalon de velours marron et d’une veste en tweed. Ce pourrait être un Ecossais, ou un Irlandais peut-être ?

Mais alors, comment l’aborder ? Je ne parle pas anglais, ou si peu. « My taylor is rich » ne peut constituer une entrée en matière !

Hésitant, mais curieux de connaitre cet homme, Gérard s’approche.

-Monsieur, lui dit-il, c’est moi que vous avez eu au téléphone il y a quelques instants…

Il ne continua pas sa présentation tant l’homme paru étonné.

-Qui êtes-vous ? lui dit-il de sa voix bourrue. Gérard ne sus quoi répondre et murmura :

-Excusez-moi, je crois m’être trompé.

-Attendez, lui dit-il, vous dites avoir répondu à mon appel ? Mais vous n’êtes pas Jo ? Alors ou est-il et que fait-il ? Je n’ai pas que ça à faire. Le boulot n’attend pas.

Gérard recula vivement et s’apprêta à faire demi-tour quand il vit arriver l’homme du café. Jo sûrement. Profitant de l’étonnement respectif des deux hommes, il s’enfuya dans les escaliers sans demander son reste. Assis quelques moments plus tard dans le wagon du métro, il se dit :

Je ne saurais jamais qui étaient ces deux hommes ! Et que faisaient-ils ?

Nous pourrions ajouter : nous non plus !

Edmond O.

 

 

 

Tag(s) : #Edmond O, #Téléphone, #Textes de l'atelier

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