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Dominique a 57 ans au moment de la disparition de sa mère.

Il vit seul, jamais marié, des aventures de courte durée, une seule s’est étendue sur une dizaine d’années avec des hauts et des bas. Il vit à Courbevoie, dans un appartement au 12ème étage, balcon sur la Seine et Paris,  la Tour Eiffel à la nuit tombée, projetant dans le ciel des diamants étoilés. Impossible de se lasser de ce paysage changeant au gré du temps et des saisons.

Une famille provinciale de trois enfants, Dominique étant le plus jeune. Il éprouve une adoration pour sa mère, bien partagée. Celle-ci vivant à Cholet, le téléphone représente le cordon ombilical qui n’a jamais été rompu. Cette femme a deux passions, son jardin, dont elle s’occupe avec un soin méticuleux et son fils auquel elle voue une admiration sans limite. Lui-même, ne laisse jamais s’écouler une journée sans prendre de ses nouvelles, même au  bout du monde.

La santé de celle-ci commençant à décliner, son père étant décédé, il met en place une organisation matérielle, afin qu’elle soit entourée. Week-ends fréquents à Cholet pour Dominique, qui déteste pourtant sa ville natale, mais parenthèses de paix et de ressourcement, à travers l’amour que lui témoigne sa mère, et la joie qu’il lui procure.

Le jour fatidique de sa disparition arriva. Dominique ressentit un grand désarroi. Il  eut beaucoup de mal à surmonter cette épreuve. Les premiers temps, l’esprit est occupé par l’organisation de l’enterrement, la présence amicale et affectueuse de la famille et des amis, ensuite la succession à déclencher,  la vente de la maison à envisager. Puis la vie a repris, chaque matin à son bureau,  réflexe de saisir son portable, faire défiler les numéros, puis le nom ‘’Maman’’ s’affiche sur le cadran, l’émotion le saisit jour après jour, chaque fois un coup au cœur, NON, cesser de visualiser ce numéro, et appuyer sur la touche ‘’Supprimer’’. Dans son esprit, Impossible, ce serait un arrachement. Ce nom et ce numéro sont des liens, qu’il chérit. Il l’imagine, décrochant, et ces quelques mots  invariablement prononcés : ‘’bonjour mon fils chéri’’.

Une année s’est écoulée, toujours le même rituel. Et ce matin-là, impulsivement, il  appuie sur la touche appel. La sonnerie résonne à son oreille, et brutalement un déclic, et une voix féminine s’élève ‘’allo, allo’’. Il est surpris et demeure muet, finalement d’une voix bredouillante, s’excuse pour le dérangement. La voix, à la tonalité  douce, léger accent à consonance étrangère, sentant le trouble de son interlocuteur,  lui demande en quoi elle peut l’aider. Dominique lui  explique que ce numéro était anciennement celui du téléphone portable de sa mère, décédée, il y a juste un an. A son tour, un peu interloquée par la coïncidence, elle lui explique que sa mère est également décédée très récemment d’une crise cardiaque. Etant tellement démoralisée et triste, décision a été prise de changer d’environnement, et de venir s’installer à Paris, raison pour laquelle elle a acquis un téléphone portable français, avec ce numéro. Démarche sentimentale, sa mère étant française, une façon symbolique de se plonger dans les racines culturelles de sa mère.

Un dialogue de confiance s’installe entre eux. Echange de prénoms, Ingrid, comprenant tout à fait l’impossibilité de Dominique d’effacer ce numéro. Elle lui parle de son pays d’origine, l’Autriche, de Salzbourg, ville où  elle a vécu, jusqu’à récemment. Leur conversation dérive sur la musique, Salzbourg étant célèbre pour  ses deux festivals, celui de Pâques, créé par Karajan et celui de l’été. Ingrid  a fréquemment assisté à des représentations en août, et Dominique a eu le bonheur de s’y rendre une fois.  Manifestement, tous deux sont passionnés de musique classique. Ils  échangent également sur leur situation professionnelle… Finalement, Dominique lui propose de se rencontrer autour d’un verre, le week-end prochain dans le quartier de Montparnasse.

Ayant raccroché, Dominique, tout réjoui, décide de modifier le nom alloué à ce fameux numéro, ‘’ Maman’ ’va se transformer en ‘’Ingrid ’’. Est-ce un petit signe d’amour envoyé par une habitante de l’au-delà…

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ELLE, 30 ans assise dans un café…

Le 13eme, quartier où j’ai récemment  émigré, un café boulevard Arago, frontière avec le 5éme. Pendant les travaux de mon appartement, je m’y réfugiais pour un café, un repas, la  lecture de mes mails, mes appels téléphoniques. J’y avais pris quelques habitudes, discussions avec le personnel serviable et souriant. Ayant emménagé, j’y retourne parfois pour me mettre en terrasse, à l’affût d’un brin de soleil. Ce jour-là, installée aux rayons de cet astre, je laissais mon regard errer sur les passants. La chaise mitoyenne était occupée par une jeune femme, accaparée par son portable, une robe fleurie dans les tons corail, un cardigan noir jeté sur les épaules, en harmonie avec le pantalon uni corail que je portais, une coiffure et une couleur de cheveux très approchantes. Je l’observais du coin de l’œil, elle manifestait une certaine nervosité et brusquement elle se leva et disparut à l’intérieur du café, abandonnant son portable sur la table. Imprudent, me dis-je ! Tout à coup, le téléphone se met à vibrer, je l’observe, hésite et ne peux m’empêcher de le saisir et d’appuyer sur la touche verte qui clignote. Une voix d’homme autoritaire retentit : ‘’Jo, je t’attends dans une demi-heure à la sortie du métro Ranelagh’’ et raccroche. Je repose le téléphone, troublée par mon geste inconsidéré, mais divertie par cet imprévu. Je me lève hâtivement, dépose deux euros sur la table et me dirige vers le métro le plus proche.

Pendant le trajet, je m’étonne de mon comportement audacieux et irréfléchi : M’emparer de ce téléphone, décrocher  et maintenant me rendre au rendez-vous  avec un inconnu.

Arrêt Ranelagh, je me dirige vers la sortie, monte les marches, coup d’œil circulaire, un homme grand, basané et barbu, un sac suspendu à l’épaule, s’approche, et lance ‘’Vous êtes Jo ‘’, j’incline discrètement la tête, reconnaissant son timbre de voix. Energiquement, il me demande si j’ai l’enveloppe, comme convenu ! Je reste figée sur place, muette, l’angoisse me submergeant. Dans quelle galère suis-je allée me fourrer ?

A cet  instant-là, surgissent deux hommes en civil  énonçant ‘’Police ‘‘. Ils se saisissent de l’homme, lui passent  immédiatement des menottes. Sous l’empire de la peur, un tremblement incontrôlable me saisit,  je tremble des pieds à la tête, j’éclate en sanglots. Un des policiers m’empoigne le bras, et m’intime de me calmer. Impossible de prononcer une parole. Il m’entraîne vers leur véhicule garé un peu plus loin, dans une rue  adjacente. Ouvrant la portière, il m’ordonne de m’assoir à l’avant, puis il contourne la voiture et vient s’assoir côté conducteur. Arrive l’autre policier  avec l’homme menotté, ils  s’assoient à l’arrière, le véhicule démarre et nous nous dirigeons vers la Préfecture de police du 16e,   Rue de la Faisanderie, ce quartier m’étant familier. Je suis pétrifiée, ne pouvant prononcer  un mot, ni bouger.

Arrivés à destination, je suis entraînée par un des policiers dans un bureau du 1er étage, asseyez-vous  Madame, je reviens dans quelques minutes. A son retour, s’installant à son bureau,  il me demande mon nom, mes coordonnées, ma carte d’identité et commence à me questionner sur mes relations avec l’homme que j’ai retrouvé au métro Ranelagh. Je lui avoue qu’il m’était complètement  inconnu et je commence à lui relater les circonstances de cette rencontre, mon indélicatesse, de m’être emparée d’un portable, ne m’appartenant pas, de répondre à un appel qui ne m’était pas destiné, et ensuite la folie et l’inconscience,  de me rendre à ce rendez-vous. Tout en lui dévoilant le déroulement des faits, je réalise que cette plaisanterie aurait pu tourner au drame, si ces policiers  n’étaient pas intervenus. Mon interlocuteur  s’installe devant son ordinateur et commence à consigner  le  procès-verbal des évènements que je viens de lui relater. Apparemment, il ne met pas en doute ma bonne foi, mais insiste sur mon irresponsabilité et mon imprudence. Suis-je consciente que ce genre d’affaire pourrait entraîner des poursuites judiciaires à mon égard ? Il m’informe que cet homme était sous surveillance policière depuis un certain temps, pour trafic de drogue, et mon intervention malheureuse les prive de connaître son contact.

Il souhaite que je lui  désigne le quartier, le lieu et le nom du café où se sont déroulés les faits. Questionnaire sur le physique de cette femme que je décris avec minutie. Serais-je en mesure de la reconnaître. Je réponds par l’affirmative. Me laissant ses coordonnées téléphoniques, il m’invite à  les contacter immédiatement si je revois cette personne dans ce café.  Notre entretien se clôture, après signature du procès-verbal. Il m’invite à réfléchir dorénavant et peser les conséquences de mes actes.

Anne P. 

Tag(s) : #Anne P., #Textes de participants, #Téléphone

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