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Méditerranée, mois d’août. Tout est paisible dans la petite crique enroulée sur elle-même au creux de la chaleur de midi. Nous sommes au bord de l’eau clapotante pour nettoyer l’annexe pneumatique du voilier, ancré un peu plus loin dans la baie.

La mer transparente et limpide se laisse apprivoiser au creux de ta main, son léger balancement chatouille et flatte ta paume ouverte. Le soleil de midi te brûle le dos : tu lances sur tes épaules agressées une gerbe d’eau claire pour trouver l’apaisement auquel tu aspires. Puis progressivement, tu te laisses glisser dans les flots transparents. Tu sens la fraîcheur grimper le long de tes chevilles, de tes jambes, de ton corps, de tes épaules jusqu’à la véritable sensation de bien-être lorsque tu laisses ta tête aller dans le courant, visage à peine recouvert de la mer cristalline, cheveux dénoués flottant librement, mêlés aux algues légères.

D’un sursaut, le souffle coupé par une vaguelette que tu as bue, tu te dresses hors de l’eau salée, tu t’accroches au bout (boute, prononcent les marins) rugueux qui retient le canot (prononcer canott). De la main tu tâtes cette corde rêche, mal ébarbée, aux poils dressés, qui entoure l’embarcation dont tu dois frotter les flancs. Après votre traversée en mer, tu sens glisser sous tes doigts un goudron gras et gluant, de petites algues vertes fermement accrochées au caoutchouc gris, et tu détectes agglutiné dans les interstices le sable de la plage dont les grains pénètrent sous tes ongles agacés.  

A grand peine vous retournez le canot. Ta peau, ramollie par l’immersion, souffre du frottement de la corde chargée d’un sable crissant. Tu sens les crochets des dames de nage marquer tes avant-bras de leur empreinte. Tes genoux, servant de pivot, de point d’appui à la manœuvre, sont tout griffés.  Et voici qu’un courant d’air trop frais pour ton corps mouillé te fait frissonner. C’est vraiment ça, les vacances ?

Soudain une lanière froide, nerveuse, enlace ta cheville. Le sable fin file entre tes doigts de pieds, il se dérobe lorsque tu sautilles pour te dégager de ce que tu penses être des algues. Tu manques de perdre l’équilibre. L’eau troublée par votre agitation ne permet pas de voir ce qui t’enserre. L’enlacement vigoureux persiste malgré tes mouvements désordonnés. Il devient plus serré encore. Ton sourire se crispe, tu t’inquiètes, tu frémis. Ton corps tout entier se rebelle. Un second lacet plus serré encore se fixe autour de ton genou. Cette fois, tu as peur, ta peau est devenue chair de poule, tu cries. Une pieuvre, c’est certainement une pieuvre. Terrifiée par une vision digne de Jules Verne, songeant à ce contact horrible qui à coup sûr provoquera une crise d’urticaire ou d’eczéma, tu te jettes dans le canot sans quitter des yeux ta jambe prestement sortie de l’eau. L’étreinte se desserre, tu respires, soulagée. Elle laisse place au glissement répugnant d’un mince tentacule effilé que tu as juste le temps d’apercevoir lorsque le petit poulpe trop curieux regagne les profondeurs.

  • Fredaine, 28 avril 2019.
Tag(s) : #Fredaine, #Textes de participants

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