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Un rayon de soleil fait danser la poussière, un rai de lumière à travers la jalousie des persiennes.

Le papier peint « liberty » de la chambre d’hôtel prend peu à peu de la couleur.

 

La journée sera splendide. Pas comme hier. Tout a changé, mais rien n’a changé.

Je suis bien à l’hôtel, chambre 212, et nous sommes lundi matin.

Une semaine magnifique commence, une semaine du festival du conte. Je vais en mettre plein mes oreilles, pleins mes yeux, plein mon cœur. Des contes à rêver, des contes à faire peur. Des qui donnent à voir, qui donnent à pleurer et à espérer.

Je vais m’y plonger toute entière, nager dans le rêve, la magie, l’aventure.

Comme cette couverture est lourde, j’ai du mal à la repousser. Elle pèse sur mes jambes, qui me semblent sans forces.

Je m’aide de mes deux mains.

Mes deux … mains ?

Elles sont sèches, raides, cassantes.

Quelqu’un essaie de me faire une farce ? Ce n’est pas drôle!

Je vois deux choses décharnées, blanches comme de l’os, dont l’une porte ma bague d’ours au lapis-lazuli.

Ces choses essaient d’empoigner la couverture sans y parvenir.

Je tourne la tête et cherche des yeux le farceur qui cherche à me faire peur.

Rien. Personne. Ma tête lourde et creuse brinquebale sur mon cou fragile.

Je ne comprends pas ce qui se passe. Je me mets à trembler. C’est plus fort que moi, rien ne peut l’arrêter. J’entends tout près, pas loin, peut-être dans la pièce voisine, un cliquetis léger.

Non, cela vient d’ici. Ce sont mes tremblements qui produisent ce bruit.

Je claque des dents.

On dirait que le lit tout entier est pris de tremblements.

Ce doit être le sommier que j’entends. Il fait comme un bruit d’os.

Je parviens à me lever, m’assieds au bord du lit. Je me sens légère et fragile, un souffle de vent suffirait à me briser.

Je baisse les yeux sur mes genoux.

Deux grosses rotules blanches, prolongées chacune de deux os. Tibia. Péroné. Les osselets des chevilles.  Je ne savais pas que j’avais le pied si fin. Tarsiens, métatarsiens.

Mes yeux s’écarquillent.

Je lève la main pour toucher mon visage. Comme cette bague est lourde!

Je caresse ma pommette, descends le long des joues. Tiens, il me manque trois dents, je peux passer deux doigts.

Je descends le long du sternum. Les côtes. Il n’y a plus rien dans la cage, le cœur s’est envolé. Plus rien ne palpite. Rien qu’un crépitement dans ma tête vide.

Je me lève et déplie chacun de mes os. Légère et vacillante, je m’approche du miroir.

Un visage décharné me regarde. Dans mes orbites creuses, deux petites lueurs phosphorescentes tentent de m’hypnotiser.

Qui es-tu ?

Je pars en cliquetant jusqu’à la salle de bain, je tends la main vers la patère.

Il n’y a plus rien.

Pas de peau.

Pas de chair.

Pas de cheveux.

La femme-squelette, c’est moi.

Séverine L. 

Tag(s) : #Séverine L

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