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Ma famille ? Elle croustille

Il nous est demandé, sans remonter à la guerre des Gaules, de présenter notre nom patronymique, d’en montrer l’origine : géographique, historique ou de métier, par exemple. Je me mets donc à la tâche.

Mon père, Gaston La Croûte, est boulanger. Place du Commissariat de Police. A chaque fois que j’évoque son métier, je ne puis m’empêcher d’entendre la voix chantante de Marcel Pagnol qui aurait dit - avec l’accent du Midi - « Mon père, il est boulanger ». Mais ceci étant hors sujet, je ferme la parenthèse. Donc mon père est boulanger comme son papa, qui était boulanger. Le papa du papa de mon papa était aussi boulanger et ainsi de suite depuis les guerres napoléoniennes.

La bataille d’Austerlitz, le 2 décembre 1805, marque l’origine de notre nom. Cette magistrale bataille, dite des « trois empereurs » marque la victoire éclatante de Napoléon sur l’Autriche et la Prusse.  A l’issue du combat, la troupe avait grand faim. Mon aïeul d’alors, affecté au « Riz, pain, sel » dirait-on aujourd’hui, était boulanger.  Il pétrissait la pâte à longueur de journée, il pétrissait aussi à longueur de nuit bien souvent. A tomber dans le pétrin !  Les conditions de travail n’étaient pas toujours optimales, les troupes réclamaient leur pitance sans façon, avec leur franc parler. Ce jour-là, on criait famine en diverses langues ; les soldats venant de tous les horizons, les langues vernaculaires et les patois allaient bon train. « Dis donc, j’cass’rai ben la croûte, moi ! J’avions grand faim !
- Oui da, t’as raison faut réclamer la croûte. »
Et de groupe en groupe, le murmure grandissait : «On veut la croûte ! » Puis plus fort « Ça vient, cette croûte ? » Et encore plus fort « Apportez la croûte, on a faim ! » Enfin, on scanda : « La croûte, la croûte !
-Voilà, voilà »
répondit-on du fond des cuisines du campement. « Patience, on arrive ! » Et quand tout ébouriffé, tout rouge, les joues presque rôties par la chaleur du four mon grand-père apparut chargé d’immenses paniers débordant de pains dorés, tout chauds, il fut accueilli par des cris de joie :
« Ah ! Voilà la croûte, vive la croûte ! Ah, ce gars-là au moins il sait ce que c’est qu’une bonne croûte ! On l’entend croustiller ! Et elle sent si bon, merci pour la croûte ! ». La satisfaction était à son comble.
Et le nom lui est resté. Depuis Austerlitz, de campagne en campagne, pour tous, mon aïeul Ferdinand n’avait désormais qu’un nom : La Croûte.

Il mourut, hélas, à peine deux ans plus tard, à la bataille d’Eylau. Le ciel était avec lui : on put l’identifier grâce à sa médaille militaire. Pourtant elle était fort usée, à peine lisible depuis le temps qu’il était sous les drapeaux. Le seul mot que l’on a pu lire clairement fut le dernier inscrit, maladroitement gravé au couteau « dit : La Croûte ». Cette gravure n’était absolument pas réglementaire, mais mon aïeul avait contrevenu, étant si fier du surnom qui lui avait été donné. N’était-il pas le seul, l’unique, à porter ce nom ? Il était une exception parmi les milliers de braves de la Grande Armée ! Il était bien le seul dont le nom fût connu de tous : « La Croûte ».
C’est ainsi que l’on put retrouver sans trop de peine sa femme et ses enfants. Et pour rien au monde ses fils ne voulurent changer de nom. Depuis ce jour, nous sommes tous très fiers d’être des La Croûte et d’être boulangers.
Le seul bémol de cette histoire me concerne, on m’a prénommée… Madeleine.
J’aurais préféré libellule ou papillon.

Fredaine

 

Tag(s) : #Patronyme, #Fredaine, #Textes de participants

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