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Dialogue des objets

 

Une petite trousse rouge, sur une face un petit cœur incrustée, repose sur le plan vasque de la salle de bain…Notre maison, déplacée fréquemment par notre maitresse au gré de sa fantaisie. Nous atterrissons parfois dans le coin d’une valise ou d’un sac de voyage, compressée par des vêtements, nous envolant sous d’autres cieux…

Notre maitresse ne peut se passer de nous…Impensable de lui faire défaut…Nous sommes inséparables.

J’éprouve un sentiment de jalousie, mon copain ne cessant de se vanter de son habit doré étincelant sous les feux des

spots, ‘’ regarde l’éclat que je dégage ‘’ Toi tu passes inaperçu sous ton habit de deuil.

 

Egalité de traitement…Nous intervenons impérativement mais alternativement dans son embellissement suivant un protocole bien établi. Elle me saisit obligatoirement en premier, avec délicatesse me décapuchonne, m’approche de ses paupières et je m’applique à tracer un trait fin et régulier avec une certaine volupté…Mon travail effectué, elle me dépose sur le plan vasque, et te saisissant à ton tour ôte ton capuchon doré, et t’approche de ses cils, ta fonction étant de les gainer…

 

Reconnais, mon ami, le raffinement et la réussite de ce maquillage, repose sur mon intervention…la tienne passant presque inaperçue…

Je réfute cette argumentation, me répond le mascara, ma brosse me permet de faire onduler les cils, de les relever en un mouvement harmonieux, faisant ressortir l’expression du regard…Toi, cher ami, tu marques la paupière, un trait basique qui accentue les flétrissures…

 

Quelle méchanceté réplique l’EYE LINER…

 

Es-tu conscient MASCARA, notre statut nous rend inséparable, nos destins liés à la vie à la mort…Nous cohabitons dans un petit abri, entrelacés, serrés l’un contre l’autre…

Souviens-toi, des matins ou notre maitresse pressée nous saisit d’une main vigoureuse, nous projetant l’un contre l’autre, moi, fin et fluet écrasé par ton imposante stature…et catastrophe, parfois dans sa brusquerie nous roulons et tombons dans un abime sans fin, la réception sur le sol est bien douloureuse…Nous échangeons quelques paroles, soucieux mutuellement de notre état de santé…’’ es-tu blessé ? Souffres-tu ?

Finalement, une main nous saisit, nous sommes entrelacés, réconfortés l’un et l’autre par cette proximité, solidaires dans l’adversité…

 

Anne P.

 

 

Tag(s) : #Anne P., #Textes de participants

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