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Les jeunes gens sortent du restaurant en une joyeuse ribambelle. Le dîner a été excellent, bien arrosé du petit vin local. En groupe serré, ils entament le chemin du retour vers le hameau dans lequel ils séjournent. Ce sera sans doute long car ils ont fait mille détours avant de trouver enfin ce petit restaurant, blotti au fond d’une crique qu’ils ne connaissaient pas. Peu leur importe, ils ont tout le temps, ils sont en vacances, ils sont enchantés de cette promenade nocturne qui s’annonce si belle. La pleine lune éclaire le sentier étroit qui grimpe vers le haut de la falaise à pic. Les brindilles sèches crissent sous leurs pas, ils vont par deux en bavardant.

Sauf Adrien. Adrien est seul. Sans âme sœur. Il est morose, la lune peut être belle et romantique, il n’en a cure. Ce dîner lui a paru bien long, la chaleur étouffante, l’humour de ses amis pesant et leurs plaisanteries, stupides. Alors, Adrien traîne derrière pour reprendre ses esprits. Il fouette les herbes folles avec une badine, Il regarde, sans le voir vraiment, le reflet de la lune sur la mer puissante et paisible. Devant, les autres jacassent, ils rient, se taquinent.

Ils ne voient pas les gros nuages s’amonceler à l’Ouest. C’est à peine s’ils perçoivent la force croissante du vent. Une bourrasque chargée de sable et de petits cailloux remonte jusqu’au sentier, ce qui provoque éclats de rire et cris de joie dans le groupe qui s’amuse de cet imprévu. Lorsque de grosses gouttes de pluie tiède s’écrasent sur leurs visages, Ils sont enchantés de cette fraîcheur inespérée.

Plus dense maintenant la pluie frappe les dos qui se courbent, faitluire les rochers qu’elle martèle avant de dévaler le sentier.La belle lune a disparu ;la petite troupe écarquille les yeux pour trouver sa route, se protégeant de l’averse avec la main. Ah ! Par bonheur, l’un d’eux a trouvé une pile électrique au fond d’une poche…Ils s’interpellent : « Tues là ? Oui ! On est tous là je crois, on est six.
 - Six, mais alors il en manque un. Il manque Adrien ! Où est-il ?
 » Et tous de crier, d’appeler : « Adrien, où es-tu, réponds, nous sommes en haut, sur la falaise, à l’abri ! Viens vite ! »

Ils croient entendre une sorte de rugissement, en contre-bas.Est-ce Adrien ? Non, ce sera plutôt la mer qui gonfle et gronde ou bien le vent qui forcit et souffle en rafales…Le maigre faisceau de leur pile électrique fouille les broussailles malmenées par l’orage, en vain. L’un d’eux lance : « Bah, il aura trouvé une charmante compagnie, comme d’habitude ! Il était un peu solitaire ce soir. Allons, rentrons, nous y sommes presque. Il nous rejoindra vite… »

Oubliant leur inquiétude, tous se mettent à courir à grandes enjambées ; se protégeant à deux ou trois sous un même ciré, ils se bousculent. Enfin, ils arrivent, ils se précipitent dans la maison bien sèche. Adrien, songent-ils, se sera mis à l’abri de cette maudite tempête qui sera probablement de courte durée.

Le lendemain matin, on tambourine à leur porte.  Sur le seuil, à contre-jour du soleil radieux, la haute stature d’un policier les surprend. Lorsque l’homme leur demande s’ils sont tous bien rentrés la veille au soir, l’angoisse les saisit. Le corps d’un jeune touriste a été découvert à l’aube, le crâne fracassé, au pied des rochers qui bordent la petite crique. Peuvent-ils venir procéder à une éventuelle identification ?

Fredaine

Tag(s) : #Textes de l'atelier, #Fredaine

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