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C’est mon église du dehors…

Chaque année, nous nous y retrouvions, tous unis dans la même recherche, celle de notre temple intérieur. Sous l’œil majestueux et bienveillant des Hautes Alpes, dans « notre » pré.

Un pré vallonné, où chacun et chacune, à la recherche d’un petit bout de sol plat, se positionnait suivant son besoin à l’ombre ou au soleil, sans jamais perdre de vue le petit bosquet qui le bordait, le transformant ainsi en  cocon protecteur.

Un berceau ouvert sur l’immense.

Les exercices s’enchaînaient lentement, toujours dans le même ordre, jusqu’à ce que la posture paraisse naturelle, nos efforts soutenus par la voix qui la commentait.

Nous étions tous ensemble, et pourtant chacun face à lui-même, en communion avec sa propre intimité.

Lorsque le clocher sonnait la demie de midi, le groupe semblait se disloquer, s’animer, pour mieux se retrouver quelques cent mètres plus loin, un peu plus bas.

Les corps se plaçaient d’eux-mêmes, avec l’aisance de qui est chez soi, adossés toujours au même tronc, assis sur la même pierre plate, lovés dans le même creux de rocher.

 

Et là j’écoutais la rivière, chantre de notre église.

Le torrent de montagne, glacial, intrépide et joyeux, qui dévalait en bondissant son lit caillouteux.

Chatoyant sous le soleil, il vaquait gaiement à ses occupations de torrent, toujours chantant.

Si le regard se portait de l’autre côté, sur l’autre rive, l’œil était caressé par une vaste forêt sombre, de celles qu’on rencontre dans les histoires.

Sombre et vaste peut-être, mais jamais maléfique, c’était une forêt à lutins. Une forêt apaisante et grandiose à la fois.

Assise là, le dos bien calé contre un pin amical, je contemplais avec tendresse le torrent rieur qui se roulait au pied de cette forêt au maintien si digne, comme un jeune chiot débordant d’enthousiasme.

Mon cœur se gonflait de reconnaissance devant tant de beauté et de force.

Je les remerciais d’exister, j’avais envie de les serrer dans mes bras, comme pour une étreinte à une personne  chère.

Toujours à la même heure, un rayon de soleil scintillait sur les remous, et venait frapper une grande pierre grise.

Et là, immanquablement, je pensais à ma fille, petite enfant potelée riant dans le soleil, jeune femme lumineuse s’avançant les bras tendus.

Ma petite rivière chérie….

Mon torrent d’amour….

Merci à la beauté, à la vie, à la gaieté.

Merci à l’arbre, à la pierre et à l’eau vive.

Séverine L.

Tag(s) : #Textes de l'atelier, #Séverine L

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